Après un an de travail, l’enregistrement de l’album « Beautiful Creatures » est terminé : comment se sont passées les sessions d’enregistrement ? Parlez nous de cet album, pouvez vous nous en donner un « avant-goût » ?
Pierre : Nous avons commencé à enregistrer les voix sur des versions démos sans réel but. Assez vite nous avons réalisé qu’un album prenait forme, et c’est à ce moment que nous avons commencé à nous mettre vraiment la pression. Après quatre morceaux, nous avions atteint le point de non-retour, nous ne pouvions plus nous arrêter. Plus nous avancions, plus nous allions vite, ça devenait comme une drogue.
Je crois que c’est à cause de cette pression que j’ai eu besoin de m’évader un peu en remixant certains groupes.
Votre récent EP quatre titres « Discordance » classé N°1 cet été des autoproductions dans le FRENCH ALTERNATIVE CHARTS constitue en quelque sorte votre carte de visite. « Beautiful Creatures » est-il dans la même tonalité musicale ?
Sylvie : DISCORDANCE constitue une vision assez éclectique de BEAUTIFUL CREATURES.
Pierre : Je pense que DISCORDANCE est assez commercial, alors que BEAUTIFUL CREATURES est beaucoup plus intime.
Quelles histoires racontent vos chansons ? Quelle est votre approche de la création des textes ? Etes vous influencés par une littérature particulière ?
Sylvie : Nos chansons traduisent les états d’esprits par lesquels peuvent passer les gens à différents moments de la journée et nous avons développé le côté le plus sombre, soit le côté nocturne.
Parfois, pris dans un élan profond tel que celui de la danse, des personnes peuvent devenir «amnésiques».
Qui ne s’est pas réveillé un jour sans se souvenir de la veille ou en se demandant les raisons de ses agissements…
C’est cette «intrigue» que nous avons tenté de décrire.
Pierre : Nous parlons aussi de choses très simples qui nous compliquent la vie, l’amour la haîne, la mort, les sentiment humains etc… That Smiling Man reprend le thème d’une nouvelle un peu torturée que j’ai lu il à longtemps, et For Your Own Good raconte l’histoire d’amour très compliquée d’un ami. Il suffit parfois de regarder autour de nous et notre imagination fait le reste…
A l’écoute de votre premier album «Beautiful Creatures », on a l’impression que vous avez ouvert votre univers musical ?
Sylvie : Ta question est intéressante car tu as su ressentir un univers particulier.
La plupart des textes peuvent donc faire référence à l’univers de la nuit, dans lequel les gens se «dénaturent» bien souvent.
Ce côté sombre conduit à un monde parallèle dans lequel les transformations de tous types sont accessibles autant sur le plan physique que sur le plan psychique.
Dans la plupart de nos morceaux, les personnes décrites se demandent souvent comment elles ont pu arriver où elles sont, les interrogations s’accumulent comme dans Victim’s Heart…
Elles cherchent à assouvir des désirs qu’elles n’éprouvent plus la journée – ou encore, elles rêvent comme dans For Your Own Good…
Dès le premier titre « Black Fever (Berlin by night) », on remarque que la composition, la structure, le jeu des synthés, la complexité des arrangements et des rythmes sont très élaborés : Quels sont vos maîtres ?
Pierre : C’est le morceau que nous avons enregistré en dernier, à l’époque, nous ne connaissions pas encore l’ordre des morceaux, mais très vite il s’est imposé et nous avons décidé de l’utiliser pour ouvrir l’album. J’aime son coté sombre, la façon dont Sylvie le chante, je ne sais pas pourquoi mais en le composant je pensais toujours à une boite de nuit Berlinoise. Nos maîtres sont nombreux, mais on peu citer par exemple Anne Clark, Depeche Mode, Bowie, Klaus Nomi et Kraftwerk.
Sylvie, ta voix est très mélodieuse je crois faire l’unanimité en affirmant que tu as une très belle voix, travailles tu particulièrement le chant ?
Sylvie : Pas du tout. Je ne sais pas ce qu’est un cours de chant…
Paradoxalement, je pense savoir maîtriser ma voix.
J’ai toujours écouté beaucoup de musique et je parviens à ressentir les choses.
Merci pour l’éloge!
Votre album offre onze titres et au moins six singles, six hits potentiels. On peut citer « That smiling Man » magnifique titre, «Discordance » figurant dans une version longue différente du EP, « Re-Love » également dans un autre mix, « Black Fever (Berlin by Night) », « Victim’s Heart », « Beautiful Creatures ». C’est une performance remarquable alors que dans la production actuelle, on a bien du mal à trouver un seul single dans un album. Que pensez-vous de la qualité de la production musicale actuelle ?
Sylvie : Personnellement, je suis assez déçue de ne pas pouvoir avoir accès à la musique que j’apprécie par le biais des radios hertziennes mais c’est aussi une façon de garder mon jardin secret.
J’avouerai cependant que je n’approuve pas totalement le fait que la plupart des médias incitent les gens à écouter le même style de musique en raison d’un mouvement de mode à un moment donné, c’est assez regrettable, notamment pour les plus jeunes générations qui n’ont pas forcément accès à des supports médiatiques autres que la télévision ou les grandes stations de radio.
Pierre : Question difficile… c’est vrai qu’en général il n’y a pas plus de deux ou trois singles tirés d’un album, maintenant est ce un choix tactique de la maison de disque, ou du remplissage de la part des artistes ? Il suffit d’écouter le dernier album de Depeche Mode pour se rendre compte du problème…On trouve heureusement encore de très bons albums qui échappent à cette règle.
Quels sont le ou les titres que l’on peut espérer voir sortir en format single ?
Sylvie : Je ne sais pas trop… Beautiful Creatures ou Victim’s Heart.
Pierre : Oui, et aussi That Smiling Man.
Vous semblez apprécier les ambiances tout à la fois romantiques et nostalgiques, remarquables notamment sur le morceau tout en finesse « For your Own Good ». Est-ce le cas ?
Sylvie : Pour ma part, c’est assurément vrai!
Je suis assez nostalgique mais surtout très attirée par les ambiances romantiques.
Le morceau qui illustrerait bien cette attirance serait pour moi «Les plus mauvaises nuits» du groupe Indochine, dans lequel je me sens «en accord».
Pierre : C’est par période, mais il ne faut pas que le morceau soit obligatoirement calme pour nous faire vibrer.
Un artiste a dit un jour cette phrase : « la musique est la traduction, le reflet vibratoire de l’énergie sexuelle ».Qu’en pensez vous ?
Sylvie : Cette citation me paraît très juste et elle se justifie.
Pierre : C’est très Freudien, mais j’aime beaucoup. Possible en effet.
La production, le son sont également à la hauteur de vos compositions ; avez-vous un producteur ou un ingénieur du son ?
Sylvie : Tout le talent revient à Pierre qui est très soucieux de la moindre note.
Pierre : Tout est fait maison, pour ce premier album personne n’est intervenu dans la production. Nous prenons notre temps pour arriver au mixage définitif, un morceau comme That Smiling Man a du faire l’objet d’une trentaine de versions avant que nous soyons satisfait.
Qu’est ce qui vous stimule, qu’est ce qui vous inspire ? Quelles sont vos passions ?
Sylvie : La musique essentiellement et l’amour.
Pierre : Je suis très inspiré par le cinéma de David Lynch, nous avons même enregistré un morceau intitulé Laura Palmer, qui était trop triste pour intégrer l’album. Sinon je suis un fan d’information, je suis capable de passer des heures à regarder I TELE en boucle…ça entretien certainement mon coté dépressif…
Pierre est un excellent remixeur, apprécié, sollicité, dernièrement il a réalisé des remixes pour EUROVISION (USA), BRAND NEW DAY (USA), WAITING FOR WORDS (France), CELLULOIDE (France). Que pensez vous de cette profusion de remix sur les maxis, jusqu’à huit ou dix parfois déclinant un titre. Pour vous est-ce une démarche artistique intéressante ou uniquement du marketing ?
Sylvie : Ca dépend, quand j’adore un titre, la «profusion» ne me gêne pas, dans le cas contraire, je la trouve excessive.
Pierre : Paradoxalement je ne suis pas fan des remixes. Beaucoup de pseudo remixeurs ne sont pas des musiciens et persistent à faire du copier coller, ce qui débouche quasiment toujours au même résultat : la destruction de l’essence même du morceau original. Personnellement je m’imagine mal écouter dans ma voiture le même titre remixé 10 fois de suite… Maintenant si ça fait vendre des disques…
Comment vivez vous, comment ressentez vous la musique lorsque vous composez, chantez ou plus simplement vous l’écoutez ?
Sylvie : Comme tu l’as sans doute compris, la musique est ma passion première… et je prends systématiquement du plaisir à la «manipuler» d’une façon ou d’une autre.
Pierre : Ca dépend surtout de notre état d’esprit, lorsque nous composons, les morceaux viennent naturellement à nous, en général des images se forment, et une nouvelle histoire peut commencer.
L’auteur Soe_V vient de participer à l’album « A Walk Trough The Night » des WAITING FOR WORDS ; sur votre album elle écrit des paroles pour le titre « Black Fever (Berlin by night) ». Qu’attendez-vous de la participation d’autres artistes à vos compositions ?
Pierre : Comme je te disais tout à l’heure, ce morceau est le dernier que nous ayons enregistré, et nous avons eu un blocage sur l’écriture des textes, Sylvie a écrit les phrases en allemand, et moi les premières phrases du 1er couplet, ensuite impossible de continuer… nous en avons parlé à Soe_V en lui expliquant le thème du morceau, et 48 heures après je recevais un mail avec les textes définitifs. Un sans faute de sa part ! Nous sommes assez ouverts aux collaborations quand elles peuvent apporter quelque chose. Je pense que nous travaillerons avec l’aide d’un co-producteur pour le deuxième album.
La réussite musicale, à votre sens, c’est vendre des millions d’albums ou bien faire la chanson, le titre, que vous trouverez parfait ?
Pierre : Idéalement les deux
Sylvie : Oui… Mais je trancherais pour la seconde proposition.
Le projet FORETASTE, qu’évoque t-il pour vous dans l’avenir ?
Sylvie : Toucher de plus en plus de monde par notre travail, de manière positive bien sûr !
Pierre : Un deuxième album encore mieux que le premier, et peut être aussi des collaborations avec d’autres artistes.
Propos recueillis par Marc – © Copyrights Yaew Production – 2004